Travailleurs de la pierre

 

Les travailleurs de la pierre étaient des artisans qui s’occupaient du traitement de la pierre et de la maçonnerie en pierre pour faire des maisons, des murs, des ruelles et des constructions en pierres sèches. Souvent, le terme “travailleurs de la pierre” se referait aussi à ceux qui s’occupaient du tirage aux carrières locales, mais en général il y avait des artisans spécialisés pour ce travail, les “carriers”. Beaucoup donc d’artisans participaient à toutes les activités concernant la pierre: le tirage, la taille (faite souvent par des travailleurs spécialisés, les tailleurs de pierre), et la construction des édifices en pierre. C’est pour ça que le nom “travailleur de la pierre” définit plusieurs spécialités.

Le traitement (la taille) de la pierre se complétait au lieu du tirage, avant d’être délivrée au maçonnage. Après la taille, les voituriers transportaient les pierres avec leurs animaux au chantier de construction. Les maîtres étaient distingués en deux catégories: les maçons et les poseurs de pierres. Les maçons travaillaient par deux au bâtiment en construction. L’un qui travaillait à l’extérieur du bâtiment utilisait des pierres mieux taillées, tandis que l’autre, à l’intérieur, utilisait des pierres plus grossièrement taillées et brutes. Les poseurs, la deuxième catégorie des artisans, possédaient des connaissances pratiques en mécanique et en géométrie, aussi qu’un savoir-faire artistique et une grande expérience.

Les outils des travailleurs de la pierre était la massette, la masse, les burins, les aiguilles, les coins, la barre à mine, la pince, etc.

Pendant les derniers décennies du 19e siècle, quand les conditions économiques, sociales et techniques (développement du commerce et de la production artisanale, épargne, nouveaux besoins) étaient favorables, le métier du travailleur de la pierre a prospéré aux villages de Lesvos et dans la région plus étendue de la côte ionienne et éolienne d’ Asie Mineure. Ces conditions ont mené à l’usage étendu de la pierre, comme matériel de construction fondamental pour l’édification des maisons, des églises, des écoles, des mosquées, des bâtiments industriels, et même pour les constructions en pierres sèches. D’ailleurs, l’emploi de la pierre pour la construction des ruelles, des puits, des aires, des moulins à eau, des terrasses (setia), des fontaines et pour d’autres constructions rurales et communales était déjà connu auparavant.

En fait, quelques villages sont devenus connus pour leurs artisans de la pierre exceptionnels. Skalohori de Lesvos était parmi ces villages. Les carrières de Skalohori se trouvaient à Taxiarchis de la plaine (à une rue communale et aux terres privées adjacentes) et à la région de Fleva (à des terres privées). De maîtres réputés de Skalohori étaient Stratis Karekos (bâtisseur d’églises du 19e siècle qui participait à la construction de l’église magnifique de Agios Therapon à Mytilène) et sa famille, Ignatios Kamperos et sa famille, les familles de Karagiannis et de Karagiorgis, tandis que Giorgis Giantzikis (barba Hatzis) était connu comme excellent poseur de pierres. Depuis la fin du 19e siècle jusqu’ aux années 1960 à Skalohori, quelques des familles réputées de maîtres de la pierre (carriers, tailleurs et maçons) étaient celles de Voudoukis et de Kyrikis.

 

Maçons des terrasses (setia)

 

Une catégorie distincte des travailleurs de la pierre était celle des artisans spécialisés à la construction de terrasses ou setia. Les setia étaient des grandes terrasses en pierres sèches, qui empêchaient l’érosion du sol et supportaient la terre autour des oliviers aux coteaux escarpés. Leur construction exigeait des techniques spéciales qui étaient transmises par la tradition familiale. En particulier, il y avait deux types de terrasses, selon la technique de leur construction. Le premier type, le plus ancien, consistait aux pierres (surtout) plates en couches successives arrangées verticalement par rapport au sol. Le deuxième type, qui était (probablement) introduit par les artisans “Arvanites” qui sont arrivés à Lesvos après le tremblement de terre catastrophique de 1867, disposait une première couche de pierres plates parallèles au sol, au-dessus desquelles étaient places des pierres dressées, perpendiculairement au sol et un peu obliquement, l’une à coté de l’autre, en formant une construction qui ressemblait à une grande arête de poisson. La couche dernière, se formait aussi des pierres horizontales par rapport au sol. Pour assurer la stabilité de la terrasse, ils plaçaient de petites pierres parmi les parties creuses du mur en pierres sèches, en les battant fortement pour les claveter fermement. Cette procédure s’appelait “calage” et constituait la dernière phase de la construction.

D’habitude, les constructeurs des terrasses ne s’occupaient pas de construction des édifices ou d’autres grands bâtiments (comme des églises) qui exigeaient de techniques différentes, mais ils se spécialisaient aux constructions en pierres sèches. À part des terrasses, les constructions en pierres sèches comprenaient aussi des logements improvisées (damia) bâties aux champs, pour les bêtes, les fourrages, les outils, ou même leurs propriétaires (notamment en été), des fontaines, des clôtures ainsi que des objets en pierre d’usage quotidien comme mortiers, pilons, etc.

Aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup de constructeurs des terrasses, puisqu’ il s’agit d’une construction qui exige beaucoup de temps, une forte dévotion, ainsi que un coût élevé. C’est pour ça que la majorité des propriétaires qui veulent faire un mur en pierres sèches préfèrent quelque chose moins compliquée et certainement moins chère.

Sources

  • Des données de recherche non publiées concédées par Christos Chatzilias, candidat docteur au Département de Technologie Culturelle et de Communication de l’Université de l’Egée
  • Ioanna Ioannidou, Harikleia Markoulaki, Métiers qui disparaissent: maçons à pierre (des setia) – projet dans le cadre du cours “Méthodes de recherche qualitatives” du Département de Technologie Culturelle et de Communication de l’Université de l’Egée, Mytilène, 02/12/2003
  • Dimitris Papageorgiou, “Solon Lekkas, le chanteur et meraklis* de Lesvos: aspects et approches de l’Est, dans les pratiques musicales à Lesvos”, rapport présenté à la 5e CONFÉRENCE INTERNATIONALE D’ HISTOIRE, “MYTILÈNE ET AIVALI (KYDONIES), UNE RELATION RÉCIPROQUE DANS L’ÉGÉE NORD-EST”, avec LE CENTRE DE RECHERCHES NEOELLENIQUES/EIE comme organisateur et LA SOCIETE D’ETUDES DE LESVOS et LE CENTRE D’ETUDES D’ASIE MINEURE comme co-organisateurs (6-9/10/2003)
  • Interviews de Solonas Lekkas [maçon des terrasses (setia)] du 1997 au 2005